Jean-Charles Jacquemin

Article 2 : Avantages et désavantages de l’électrification de l’automobile et caractéristiques de son implantation potentielle en Wallonie (03/03/2009)

Ce second article tente de faire le point sur les avantages et les inconvénients des véhicules électriques en montrant quels risques sont minimisés et quels autres peuvent émerger. La seconde partie traite de différents aspects de ce changement technologique en Wallonie.

1. Arguments favorables et défavorables à l’électrification

Le plus souvent les arguments favorables que l’on retient pour l’adoption au passage à la technologie électrique pour la motorisation des véhicules, couvrent l’ensemble des risques évoqués dans l’article précédent :
Concernant les risques financiers et de sécurité, on relève que les véhicules à traction électrique :
1. Ne sont pas une technologie nouvelle mais existent depuis longtemps (Camille Jenatzy a dépassé les 100 km/h le 28 avril 1899 sur une voiture électrique), bien sûr l’avènement de la régulation électronique et les techniques régénératives en améliorent le fonctionnement de base.
2. Ne créent pas (contrairement à l’hydrogène par exemple) de problème particulier de distribution de l’énergie : le réseau électrique existe et peut tel quel constituer une première vague d’équipement, une seconde vague est sans doute nécessaire : postes publics de rechargement rapide et éventuellement stations d’échange quasi instantané de batteries (voir l’article suivant).
3. Permettent de valoriser les surplus de production électrique : la recharge des véhicules sur le courant disponible la nuit et son utilisation pendant le jour ainsi que la possibilité d’une technique V2G (vehicle to grid) par laquelle les véhicules à l’arrêt connectés au réseau peuvent servir d’amortisseurs de crêtes de demande électrique pendant le jour, et contribuent ainsi à équilibrer la consommation et l’offre de courant électrique sur 24h.
De façon similaire, on peut penser à généraliser la technologie V2H (vehicle to home) qui permet à la voiture électrique (équipée d’un extenseur thermique de rayon d’action) de servir de générateur d’appoint en cas de panne d’approvisionnement électrique du logement.
4. Diminuent les coûts de mobilité pour la population (des S-hybrids comme l’Opel Ampera sont estimés coûter au moins 5 fois moins cher en énergie qu’une berline moyenne consommant 7,75 litres d’essence aux 100kms (c’était 9 fois moins cher en juillet dernier). D’autre part, la simplicité du système de propulsion (le nombre de pièces d’usure est bien moindre que dans un moteur à combustion interne) rend les entretiens du groupe de traction significativement moins coûteux.
5. Permettent une reconversion de l’industrie automobile et du tissu économique relevant de ce secteur, particulièrement des secteurs liés à l’infrastructure de rechargement et d’échange de batteries.
Concernant les risques de santé publique et d’environnement, ils :
6. Ne produisent aucune émission de gaz toxiques, ni de particules fines, ni de CO2 à l’endroit où roule la voiture (c’est particulièrement intéressant pour les centres urbains). Du point de vue de notre Région, nous devons noter que si toutes les voitures passent à la traction électrique, quelques 7 millions de tonnes de CO2 ne seront pas émises (soit +/- 1/7 des 47,5 MTeqCO2 émises en 2006 en Wallonie). Le bilan en termes de réduction des émissions de CO2 – sans prendre en compte toutes les autres émissions évitées par ce passage à l’électrification – représente sans contestation possible un des apports majeurs de cette transition.
7. Sont beaucoup plus silencieux que les véhicules à moteur à combustion interne.
8. Ne créent pas de problème de dépendance à une ressource unique et importée.
9. Outre les gains d’émission, respectent mieux l’environnement (moins de pièces d’usure, moins de fluides, et peuvent être presque entièrement recyclables (voir par exemple la voiture B0 de Pininfarina), le concept Phylla de Fiat, …).
Les véhicules à traction électrique possèdent aussi des qualités intrinsèques qui, pour de nombreux observateurs, les font préférer à des véhicules à traction thermique. Ils sont en effet plus confortables (couple maximal immédiatement disponible, accélération linéaire), plus fiables (beaucoup moins de pièces mobiles et d’usure) et plus simples de conception que leurs homologues à traction thermique.

On peut cependant trouver des arguments défavorables à l’adoption de la technologie électrique car les véhicules électriques et leur technologie de base :
1. Créent une anxiété du rayon d’action (risque de décharge de batterie) et ont un rayon d’action limité pour les grands voyages (au-delà de 200 kms) si une technologie d’extension du rayon d’action n’est pas prévue dans le véhicule ou si les infrastructures d’échange ou de rechargement rapide de la batterie ne sont pas suffisantes. Cette absence d’infrastructures publiques de bornes de rechargement est considérée comme un frein important à l’adoption massive de la technologie.
2. Créent une anxiété sur la fiabilité à court terme, la durée de vie et le coût de remplacement éventuel de la batterie. On y ajoutera l’anxiété d’une obsolescence accélérée de la batterie tant via les progrès rapides de la technologie de ces dernières que par l’éventuelle percée technologique d’autres techniques de stockage/restitution de l’électricité, on pense particulièrement aux ultracapacités (supercondensateurs) et aux batteries basées sur la chimie quantique .
3. Pourraient faire augmenter significativement la demande d’électricité et nécessiter une adaptation du parc de production s’ils sont adoptés en masse.
4. Sont silencieux et pourraient créer des dangers pour les personnes se fiant à leur ouïe pour leur sécurité mais l’adaptation de bruiteurs adéquats peut remédier facilement à ce relatif désagrément.
5. Peuvent être plus coûteux à l’acquisition que des véhicules similaires à propulsion traditionnelle parce que les rendements d’échelle dans la production ne joueraient pas à plein.
6. Enfin des prix bas du pétrole et des carburants, même temporaires, créent un désincitant à changer de technologie.

2. Réflexions quant à la possibilité d’une adoption rapide en Wallonie de cette technologie

Pour que la technologie soit adoptée rapidement, les différents arguments défavorables doivent être contrés. Le troisième article de cette série montrera que des initiatives comme le Projet Better Place permettent de répondre aux différents types d’anxiété cités supra. Nous avons déjà précédemment indiqué que les prix relativement peu élevés des carburants que nous connaissons aujourd’hui ne sont pas caractéristiques des tendances de fond des marchés pétroliers. Reste donc le problème de la consommation accrue d’électricité.
Le parc automobile de la Région Wallonne est estimé à au plus 1.600.000 voitures. En supposant que chacune soit remplacée par un véhicule électrique rechargeable sur le réseau et que la recharge moyenne quotidienne soit de 8kWh (la charge attendue d’une Opel Ampera), il faudrait ajouter au maximum 5 TWh de consommation électrique annuelle en Wallonie. Soit 15% de la production électrique de 2006 . Soit encore moins du quart de la production d’énergie nucléaire donc moins que le surplus nocturne estimé de 30 à 40% de la production d’électricité nucléaire ... ou moins du double de la production actuelle d’électricité par énergie primaire renouvelable. D’autres calculs, basés sur le kilométrage parcouru annuellement et la consommation moyenne des véhicules actuels donnent des résultats similaires. On note de plus qu’un véhicule automobile reste immobilisé en moyenne quotidiennement plus de 22 heures sur 24, ce qui permet de moduler sa charge sans interférer avec les autres consommations.
A moins de crises pétrolières aiguës à court ou moyen terme, comme il est supposé que la transition ne se fera que progressivement (la disponibilité de batteries en grand nombre est considérée également somme un facteur limitant), la capacité actuelle de production électrique en Wallonie devrait largement suffire à alimenter le parc de véhicules rechargeables pendant une longue période.
Les arguments défavorables ne paraissant donc pas insurmontables, l’argument environnemental implacable (pour rappel, économie annuelles de 7 MT eq CO2) et l’argument de coût d’utilisation réduit plaident donc pour l’abandon à court - moyen terme des véhicules à seul moteur thermique.

Depuis la publication de l’article précédent, les parlementaires wallons ont été contactés pour solliciter leur avis sur la question, à ce jour 8 réponses positives ont été reçues (plus celle d’un président de parti) et aucune négative. Vous pourrez lire des extraits de ces réponses sur le site de notre groupe (n’hésitez pas à vous y affilier) : http://planet.betterplace.com/group/makewallooniabelgiumabetterplace, cela ne vous engage qu’à participer à la création d’un masse critique de citoyens concernés.
Enfin, notons que, depuis le 17 février, la France s’est lancée elle aussi dans un programme d’investissements en infrastructures favorisant l’électrification des véhicules.
JC Jacquemin

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Merci de donner votre avis.

JC

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J'ai fait personellement des expériences sur des véhicules à traction électrique en 1982 à Bruxelles pour faire des livraisons pour le compte d'une une société de transport, bien qu'il y ait eu quelques articles dans les journeaux, cet épisode est passé inaperçu.
Mon idée est que les premiers qui doivent s'équiper ,sont les administrations et les sociétés comme la postedont le pluspart des véhicules ne font jamais de grands trajets. D'autre part, ainsi que le font certaines assurances nombre de véhicules couvrent très peu de kilomètres, et il est peut-êtr nécessaire de repenser à quoi servent les véhicules, les location existent, les voyages par train et avion suivi de location de voiture sont aussi des choses de plus en plus courantes ainsi que le car sharing.
Pour moi le développement démarrera vraiment quand on séparera le coût des batteries qui ont une durée de vie de l'ordre de 5 ans du reste du véhicule, celles-ci seraient considérées comme un bien de location et échangeable comme autrefois les chevaux des relais de postes.
Petite précision Camille Jenatzy a dépassé les 100 km/h le 28 avril 1899 et non en 1905 ainsi que vous l'écrivez.

Bien à vous
Régis Colombier

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Merci Regis,

De fait, en 1905 Camille Jenatzy a reproduit ses démonstrations de vitesse dans les Ardennes belges et a tteint 105 km/h.

Je rectifierai dans les textes.

JC J.

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Tout à fait d'accord avec vous.
Des efforts sont faits en ce sens dans de nombreux pays, récemment la France (voir par exemple "Le Figaro" du 17 février, extrait en fichier attaché) a lancé un tel programme avec La Poste et d'autres grandes sociétés (Vinci, GDF-SEZ, ..).
Le Projet Better Place prévoit un tel schéma d'échange/location des batteries.



Régis Colombier said:
(...) Mon idée est que les premiers qui doivent s'équiper ,sont les administrations et les sociétés comme la postedont le pluspart des véhicules ne font jamais de grands trajets. D'autre part, ainsi que le font certaines assurances nombre de véhicules couvrent très peu de kilomètres, et il est peut-êtr nécessaire de repenser à quoi servent les véhicules, les location existent, les voyages par train et avion suivi de location de voiture sont aussi des choses de plus en plus courantes ainsi que le car sharing.
Pour moi le développement démarrera vraiment quand on séparera le coût des batteries qui ont une durée de vie de l'ordre de 5 ans du reste du véhicule, celles-ci seraient considérées comme un bien de location et échangeable comme autrefois les chevaux des relais de postes.

Régis Colombier
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